Jesse Owens et Luz Long : l’amitié qui défia le régime nazi


 En 1931, Berlin obtient l’organisation des Jeux Olympiques d’été de 1936. Cette édition surnommée les « Jeux de la honte » a pourtant vu se nouer une amitié inattendue entre deux athlètes.



Le Parti Nazi, arrivé au pouvoir en Allemagne en 1933, se voit confier l’organisation du plus grand événement sportif mondial. Hitler, alors chancelier, considère les Jeux comme des loisirs décadents et ne voit aucun intérêt à débourser de conséquentes sommes d’argent pour ce type d’événement. D’autant plus que l’Allemagne, à l’époque, connaît de grandes difficultés financières.


C’est son ministre de la propagande, Joseph Goebbels, qui lui assure que cette manifestation sportive de grande envergure revêt un enjeu crucial dans la manipulation des masses. En effet, les Jeux Olympiques sont l'occasion de promouvoir l’idéologie nazie à travers le monde. C’est-à-dire affirmer la soi-disant supériorité de la race aryenne sur les autres.


C’est ainsi qu’un immense chantier débute. Un stade de 100 000 places est alors érigé. Le coût total s’élève à trente-sept millions de Reichsmark, contre les deux millions annoncés initialement. Le premier août 1936, le chancelier inaugure l’Olympiastadion devant le monde entier et déclare ouverte la onzième olympiade de l'ère moderne.



Ces Jeux verront briller un homme aux antipodes de l’idéologie nazie : Jesse Owens. Né dans le Sud des Etats-Unis, ce jeune afro-américain alors âgé de vingt-deux ans excelle déjà dans le domaine de l’athlétisme. Durant les Jeux Olympiques, l’étudiant de l’Université de l’Ohio remporte 4 médailles d’or (dans les compétitions du 100 mètres, 200 mètres, saut en longueur et 4*100 mètres). Malgré ces victoires, Adolf Hitler refuse de serrer la main du champion. Conscient des enjeux politiques majeurs de l’événement, l’athlète témoigne : « C’est vrai que je n’ai jamais serré la main à Hitler. [...] Nous étions là pour détruire le mythe de la suprématie aryenne. »


Chacun des quatre titres d'Owens revêt une part d’extraordinaire, particulièrement celui du saut en longueur. Durant les épreuves éliminatoires, il est en mauvaise posture. Le recordman (8,13 mètres) a mordu ses deux premiers essais. Il ne lui reste plus qu’une tentative pour espérer dépasser les 7,15 mètres requis pour une qualification en finale. 


C’est alors que son concurrent Allemand, Carl Ludwig dit « Luz » Long, s’approche de lui pour le conseiller. Avec son physique athlétique, ses cheveux blonds et ses yeux bleus, ce dernier incarne parfaitement les carcans de l’idéologie nazie. Il reste pourtant un adversaire amical : « Tu devrais te qualifier même en sautant les yeux fermés. Tu mords parce que tu cours trop vite, tu arrives trop tôt sur le sautoir. Je vais poser une marque blanche, loin devant la planche. Prends-la comme un repère, et ça va passer. » Grâce à ces conseils, Jesse Owens se qualifie pour la finale le 4 août 1936, aux côtés de Carl Ludwig Long.


Cette finale est longtemps dominée par Long, avec un saut à 7,87 mètres. Cependant, à sa pénultième tentative, Jesse Owens le dépasse, au grand désespoir du public et surtout d’Adolf Hitler. Owens améliore même sa marque de 7,93 mètres, avec un ultime saut à 8,06 mètres.


À la fin du concours, Luz Long n’hésite pas à féliciter son concurrent par une poignée de main amicale. Les deux hommes se congratulent et font un tour de stade bras-dessus bras-dessous. Une fois les compétitions terminées, les deux athlètes entretiennent leur amitié. Jusqu’à la mort de Long sur le front en Sicile, la fraternité entre les deux hommes perdurera.


Les quatre victoires remportées aux JO par l'athlète noir américain Jesse Owens constituent un symbole mémorable dans l’histoire du sport. Son amitié avec Luz Long, bien que marquante, ne peut cependant pas occulter la propagande à l’œuvre lors de cet événement sportif et les atrocités du régime nazi. 




Olympics: Jesse Owens and Luz Long and a message of hope - BBC Sport


Luz Long et Jesse Owens aux Jeux Olympiques de 1936




Crédit photo : BBC


Amadéo Rays





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